D.N., c'est un copain qui habite dans le même complexe d'appartements que moi.
Il a une voisine qu'on appellera Miss P.
Miss P. a 25 ans, toutes ses dents, et ses parents ont beaucoup d'argent.
Miss P. en avait marre de dépenser trop d'argent au salon de coiffure, alors elle a eu une idée géniale : ouvrir son propre salon.
Alors elle a demandé à ses parents la thune pour ouvrir son affaire, et voilà.
Comme ça l'intéressait de bien faire son salon de coiffure, elle a pris le temps d'étudier la concurrence aux alentours, et de bien choisir son emplacement et son local.
Elle a acheté une maison qu'elle a transformée en un beau salon...
... Et tout ça, grâce à des travaux au black.
Ah oui car j'ai oublié de vous dire, le salon de Miss P. n'est pas déclaré du tout.
Pas de structure légale, pas d'entreprise ni même d'association, RIEN.
Pas d'assurance non plus bien sûr, mais ça c'est normal, "ce n'est pas dans les préoccupations indonésiennes".
Les 16 employés du salon ne le sont bien sûr pas officiellement. Ils gagnent au black un salaire mensuel compris entre 45 euros pour les "office boys" (hommes à tout faire : gardiens, coursiers, ils aident les gens à se garer, etc.) qui vivent d'ailleurs dans la maison, à un superbe 170 euros pour la styliste. Certes, le niveau de vie en Indonésie est (relativement) bas, certes l'argent ne fait pas le bonheur, mais quand même... Avec cette somme d'argent et un jour de congés par semaine, on ne peut pas faire grand chose de sa vie, surtout à Jakarta. Mais c'est un autre sujet.
Miss P. sait qu'un jour le bureau des taxes peut venir l'enquiquiner un peu quand même. Mais pas de panique. Elle a gardé de côté le paquet de fric nécessaire pour corrompre les rabat-joies au besoin ("Ne me piquez pas mon jouet !").
Miss P. n'aime pas beaucoup s'embêter avec les formalités administratives. Alors pour faire simple, elle n'a même pas créé de compte en banque pour son salon. Tout va et vient directement sur son compte personnel, y compris les paiements par carte bleue des clients. Pourquoi s'embêter ?!
Le problème c'est que du coup, elle du mal à faire la balance entre ce que lui coûte et ce que lui rapporte son salon. Car par exemple, elle achète les produits de beauté pour son salon au supermarché en même temps que ses paquets de nouilles instantanées. Pas pratique pour distinguer le tout.
En plus la finance c'est pas trop son truc. Et puis elle n'a pas d'ordinateur, et ne sait pas utiliser Excel. Alors elle a demandé à D.N. de l'aider pour tenir la comptabilité de son salon : par exemple, pour commencer, une feuille de calcul avec des "+" et des "-"...
Miss P. est une fille souriante et gentille, un peu timide, et qui paraît même un peu naïve. Une fille comme on en croise plein en Indonésie. Ce n'est pas, je pense, une bourgeoise pleine de mauvaises intentions, ou prête à tout pour se faire encore plus de fric. Elle ne donne pas non plus l'impression d'être une tortionnaire qui maltraiterait ses employés (employés qui d'ailleurs ne quittent pas l'entreprise fictive).
Tout est parfaitement "normal", et Miss P. est loin d'être la seule dans ce cas.
Bienvenue en Indonésie.
J'ai beau commencer à être habitué à ce genre d'histoires, je continue d'halluciner à chaque fois que j'entends un truc pareil...
Ce cas est un bon exemple de pas mal de choses qu'on voit au quotidien dans ce pays :
- Une motivation débordante pour les sujets qui intéressent les indonésiens (s'investir pour trouver le bon emplacement pour le salon, faire des beaux plans etc. par exemple), mais une négligence totale pour les sujets qui ne les intéressent pas, même si ça semble primordial (la comptabilité dudit salon).
- Une adorable innocence dans le comportement. J'imagine la scène : "D.N., tu pourrais m'aider s'il te plaît pour la comptabilité de mon salon ? Je voudrais savoir combien je gagne ya". Aparté : je suis fan de ce "ya" ("oui"), naïvement optimiste, régulièrement placé en fin des phrases affirmatives par les indonésiens.
- Les indonésiens ont du mal à se projeter sur le long terme, et à anticiper l'avenir (Quid en cas de contrôle, pourra-t-elle continuer à exercer cette activité ? Peu importe, pour l'instant le salon rapporte du fric. Et c'est sans parler de l'absence d'assurance pour le salon, ses employés et ses clients).
- Un sens des priorités bien loin de ce qu'on connaît (ça ne pose aucun problème à Miss P. de créer une structure illégale, par contre ne pas savoir combien elle gagne précisément grâce à cette structure illégale lui pose problème).
- Un manque de rigueur flagrant.
- Les disparités énormes entre les classes sociales (Miss P. a quand même pris le temps d'estimer son chiffre d'affaire à environ 4600 euros par mois. Ses Office boys obtiendront cette somme qu'elle gagne en un mois après avoir habité dans le salon pendant 8 ans).
- La corruption omniprésente, même plus surprenante.
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lundi 19 novembre 2007
Salon de coiffure (par CR)
Themes: Travail
lundi 15 octobre 2007
Manager des Indonésiens (par Mr. Orange)
Pour ma première revue, je n’ai pas choisi un sujet facile facile mais je vais essayer de me sortir les doigts histoire d’en faire un récit puissant. Bon, je dois d’abord expliquer le choix de mon thème, c’est probablement parce que mes potes (alias les Mr. K, X, EE, FV, etc) m’appellent le super Manager que j’ai décidé d'expliquer au monde entier ce que c'est que de manager des Indonésiens : il faut savoir que je mon equipe se compose d'une bonne dizaine d’Indonésiens.
Apres quelques mois dans ma compagnie, je me retrouve une semaine avec ma directrice des ventes, une vendeuse et un mec en charge des relations publiques pour un salon professionnel qui se tient à Bali. Gros salon asiatique avec présence de tous les boss de la société, évènements que l’on prépare depuis 3 mois et que l’on rabâche que tout doit être parfait sur notre stand.
Premier jour (mercredi) : J croise au petit déjeuner à l’hôtel les 3 personnes en charge du stand. Premier bilan, ils sont éclatés, tête dans le cul, pas fringués, pas maquillées, ca s’annonce pas terrible. Petite réflexion sympa « vous ferez un effort pour avoir une meilleure tête quand vous arriverez au stand ». J’arrive au salon en avance, je fais un tour et visite la concurrence, 2ème reminder par téléphone, « les boss sont tous la, faut que vous tardiez pas et attention a vos têtes ». Ils arrivent, toujours aussi dépouillés et on n’a pas l’air d’une compagnie super sérieuse. Enfin, la journée se passe puis je découvre un petit problème de badge, on en a pas assez pour nous 4 donc je me retrouve, avec notre mec en charge des relations publiques à me faire virer du salon vers 15h. Bon, ce n’est pas leur faute, c’est l’organisateur du salon qui limite à 2 invitations par compagnie. Pas de problèmes, je la joue cool et je lui dis, je te paye une bière quelque part. Sur le chemin :
- Lui : « Alors, c’est quoi le programme pour demain ? »
- Moi : « Facile, demain, tu vas au salon, je n’y serai pas parce que j’ai un meeting, mais tu développes tes contacts avec la concurrence, les clients potentiels, la presse, etc »
- Lui : « ok, pas de problème »
On passe la soirée au resto avec l’équipe et on essaye de pas trop revenir sur leur désengagement parce qu’il leur reste encore 2 jours pour se rattraper.
Deuxieme jour (jeudi) : Meeting avec des responsables de filiales sans accrocs particuliers. On retrouve le reste de l’équipe en fin de journée pour se rendre à un Cocktail histoire de continuer à tisser des liens à l’extérieur. Soirée sympa mais il faut passer derrière chaque personne pour lui rappeler le pourquoi de notre présence au cocktail : développer les relations avec les clients potentiels et la presse.
Troisième jour (vendredi) : Dernier jour de salon, je suis toute la journée sur place pour accueillir les clients, faire des nouveaux contacts et j’appréhendai cette journée qui se passe finalement bien. Je termine par un petit cocktail très indo et les 3 autres vont soit disant à un autre cocktail organisé dans le cadre du salon. Enfin, à 3h du mat, je les croise dans un bar de Seminyak et ils n’ont pas l’air bien plus frais que moi. Pas de souci, c’est vendredi soir et ils ont bien mérité de se détendre.
Retour au bureau (semaine suivante) : Jusque là, tout le monde se dit qu’il n’y a vraiment rien d’exceptionnel, mais c’est la semaine suivante, en revenant au bureau que je réalise l’ampleur du gap entre occidentaux et asiatiques.
Les ressources humaines m’appellent « Hé, ta directrice des ventes a signé elle-même ses congés, tu peux venir jeter un œil ? ». Elle a donc accepté toute seule sa demande de congés pour le motif suivant « 3 jours pour récupération des heures supplémentaires faites lors du salon de la semaine précédente ». Illico, je la convoque et je lui dis qu’elle n’as pas à signer ses congés toute seule, que jusqu’à nouvel ordre, je suis toujours son boss et lui demande le pourquoi de ces 3 jours de récupération pour le salon qui a eu lieu mercredi, jeudi et vendredi ? Elle se dégonfle pas et répond tranquille : « ben quand je suis au bureau à Jakarta, je travaille de 9h a 18h et là, je suis allée à des cocktails le soir parce que j’étais obligée alors je veux récupérer mes jours ! ». Bon, je ne vous fais pas de dessein, vous imaginez bien que je ne lui ai pas donné ses jours.
Mon gars en charge des relations publiques se pointe dans mon bureau avec sa demande de remboursement pour la semaine précédente. Je jette un œil et je trouve des dépenses plutôt bizarres :
- un remboursement de déjeuner pour le mercredi midi alors qu’on a mangé gratis ensemble au salon avant se faire virer. Je gère le truc sans opposition de sa part.
- un remboursement pour le resto de mercredi soir alors là, je lui dis « tu te fous de moi, on a mangé ensemble aussi mercredi soir au resto ! » et lui sans complexe « mais j’avais déjà dîné au resto juste avant ». Bien sûr je lui ai dis que je la boite ne lui payait pas ses goûtés et qu’il arrête de me les briser.
- un remboursement pour le resto du jeudi midi alors que le déjeuner est fourni par l’organisation du salon. Alors là je le questionne et il me dit « Mais je ne suis pas allé au salon jeudi » ! Moi dubitatif « quand on en a parlé mercredi, je t’ai bien dis que tu allais au salon jeudi ? » Il acquiesce et là je deviens fou, mais qu’est ce qu’il a foutu jeudi, il était en vacances à Kuta ? Ben pas loin, il ose quand même me sortir qu’il a fait le tour de la concurrence à Kuta. Bon, je lui fais part de mon mécontentement et lui dis que la prochaine fois, je ferai bien attention à lui, si prochaine fois il y a. Putain, je me dis qu’il faut tout de même être con pour se griller tout seul juste pour un remboursement de 35.000 Roupies.
Voilà mes prémices d’expériences avec les travailleurs indonésiens. Bon j’acquiesce, ce n’est pas avec ce qu’on les paye (entre 1,5 M et 4,5 M de Roupies) qu’on peut attendre un réel investissement de leur part mais tout de même, ils ont un gros poil dans la main que l’on pourrait aisément confondre avec un Baobab (et ça s’arrose un Baobab). Le truc difficile quand on les manage, c’est qu’on ne peut pas s’énerver pour ne pas « perdre la face » (ah ce bon vieil adage asiatique) ; on ne peut pas les frapper non plus parce que ça ne se fait pas de frapper les plus petits que soi.
Alors il ne nous reste plus que la diplomatie… à la française bien sûr.
Premier jour (mercredi) : J croise au petit déjeuner à l’hôtel les 3 personnes en charge du stand. Premier bilan, ils sont éclatés, tête dans le cul, pas fringués, pas maquillées, ca s’annonce pas terrible. Petite réflexion sympa « vous ferez un effort pour avoir une meilleure tête quand vous arriverez au stand ». J’arrive au salon en avance, je fais un tour et visite la concurrence, 2ème reminder par téléphone, « les boss sont tous la, faut que vous tardiez pas et attention a vos têtes ». Ils arrivent, toujours aussi dépouillés et on n’a pas l’air d’une compagnie super sérieuse. Enfin, la journée se passe puis je découvre un petit problème de badge, on en a pas assez pour nous 4 donc je me retrouve, avec notre mec en charge des relations publiques à me faire virer du salon vers 15h. Bon, ce n’est pas leur faute, c’est l’organisateur du salon qui limite à 2 invitations par compagnie. Pas de problèmes, je la joue cool et je lui dis, je te paye une bière quelque part. Sur le chemin :
- Lui : « Alors, c’est quoi le programme pour demain ? »
- Moi : « Facile, demain, tu vas au salon, je n’y serai pas parce que j’ai un meeting, mais tu développes tes contacts avec la concurrence, les clients potentiels, la presse, etc »
- Lui : « ok, pas de problème »
On passe la soirée au resto avec l’équipe et on essaye de pas trop revenir sur leur désengagement parce qu’il leur reste encore 2 jours pour se rattraper.
Deuxieme jour (jeudi) : Meeting avec des responsables de filiales sans accrocs particuliers. On retrouve le reste de l’équipe en fin de journée pour se rendre à un Cocktail histoire de continuer à tisser des liens à l’extérieur. Soirée sympa mais il faut passer derrière chaque personne pour lui rappeler le pourquoi de notre présence au cocktail : développer les relations avec les clients potentiels et la presse.
Troisième jour (vendredi) : Dernier jour de salon, je suis toute la journée sur place pour accueillir les clients, faire des nouveaux contacts et j’appréhendai cette journée qui se passe finalement bien. Je termine par un petit cocktail très indo et les 3 autres vont soit disant à un autre cocktail organisé dans le cadre du salon. Enfin, à 3h du mat, je les croise dans un bar de Seminyak et ils n’ont pas l’air bien plus frais que moi. Pas de souci, c’est vendredi soir et ils ont bien mérité de se détendre.
Retour au bureau (semaine suivante) : Jusque là, tout le monde se dit qu’il n’y a vraiment rien d’exceptionnel, mais c’est la semaine suivante, en revenant au bureau que je réalise l’ampleur du gap entre occidentaux et asiatiques.
Les ressources humaines m’appellent « Hé, ta directrice des ventes a signé elle-même ses congés, tu peux venir jeter un œil ? ». Elle a donc accepté toute seule sa demande de congés pour le motif suivant « 3 jours pour récupération des heures supplémentaires faites lors du salon de la semaine précédente ». Illico, je la convoque et je lui dis qu’elle n’as pas à signer ses congés toute seule, que jusqu’à nouvel ordre, je suis toujours son boss et lui demande le pourquoi de ces 3 jours de récupération pour le salon qui a eu lieu mercredi, jeudi et vendredi ? Elle se dégonfle pas et répond tranquille : « ben quand je suis au bureau à Jakarta, je travaille de 9h a 18h et là, je suis allée à des cocktails le soir parce que j’étais obligée alors je veux récupérer mes jours ! ». Bon, je ne vous fais pas de dessein, vous imaginez bien que je ne lui ai pas donné ses jours.
Mon gars en charge des relations publiques se pointe dans mon bureau avec sa demande de remboursement pour la semaine précédente. Je jette un œil et je trouve des dépenses plutôt bizarres :
- un remboursement de déjeuner pour le mercredi midi alors qu’on a mangé gratis ensemble au salon avant se faire virer. Je gère le truc sans opposition de sa part.
- un remboursement pour le resto de mercredi soir alors là, je lui dis « tu te fous de moi, on a mangé ensemble aussi mercredi soir au resto ! » et lui sans complexe « mais j’avais déjà dîné au resto juste avant ». Bien sûr je lui ai dis que je la boite ne lui payait pas ses goûtés et qu’il arrête de me les briser.
- un remboursement pour le resto du jeudi midi alors que le déjeuner est fourni par l’organisation du salon. Alors là je le questionne et il me dit « Mais je ne suis pas allé au salon jeudi » ! Moi dubitatif « quand on en a parlé mercredi, je t’ai bien dis que tu allais au salon jeudi ? » Il acquiesce et là je deviens fou, mais qu’est ce qu’il a foutu jeudi, il était en vacances à Kuta ? Ben pas loin, il ose quand même me sortir qu’il a fait le tour de la concurrence à Kuta. Bon, je lui fais part de mon mécontentement et lui dis que la prochaine fois, je ferai bien attention à lui, si prochaine fois il y a. Putain, je me dis qu’il faut tout de même être con pour se griller tout seul juste pour un remboursement de 35.000 Roupies.
Voilà mes prémices d’expériences avec les travailleurs indonésiens. Bon j’acquiesce, ce n’est pas avec ce qu’on les paye (entre 1,5 M et 4,5 M de Roupies) qu’on peut attendre un réel investissement de leur part mais tout de même, ils ont un gros poil dans la main que l’on pourrait aisément confondre avec un Baobab (et ça s’arrose un Baobab). Le truc difficile quand on les manage, c’est qu’on ne peut pas s’énerver pour ne pas « perdre la face » (ah ce bon vieil adage asiatique) ; on ne peut pas les frapper non plus parce que ça ne se fait pas de frapper les plus petits que soi.
Alors il ne nous reste plus que la diplomatie… à la française bien sûr.
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