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mardi 27 octobre 2009

Anecdotes (3) (par CR)

Anecdotes de vie à Jakarta...

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17 Avril 2007.
J'interpelle un ojek (moto-taxi) à la sortie de mon boulot.
" - Bonjour, pouvez-vous me conduire à Senen (quartier assez éloigné de mon point de départ) ?
- No problem Mister."
Comme il conduit bien et qu'il ne m'arnaque pas, je prends le numéro de téléphone de Faudil (c'est son nom) pour le rappeler en cas de besoin.
Je ne l'ai finalement jamais rappelé. Et puis...

15 Septembre 2008.
Je sors du boulot et comme chaque jour, interpelle un ojek pour rentrer chez moi, à quelques centaines de mètres de là.
" - A Senen Mister ?
- Heu, non, Kuningan. Pourquoi Senen ?
- Vous ne me reconnaissez pas ? Je suis Faudil !"
Faudil ? ... Ah oui, Faudil !

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Un midi. Une collègue :
"- On va manger à Menteng ?"
Je regarde la circulation routière par la fenêtre : fluide vers Menteng, complètement bouché depuis Menteng :
" - Sans moi, trop de bouchons !
- Mais non regarde, les bouchons sont dans l'autre sens, on peut y aller sans problème.
- Oui, et pour revenir ?
- Ah oui, c'est vrai, là c'est embêtant."

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Quand on ne sait pas quel sujet aborder avec un indonésien, il y a toujours quelque chose qui est intéressant : les histories de fantômes. Récits incroyables (et souvent longs) garantis.

Je demande donc un jour à une collègue de me raconter ses histoires de fantômes (impossible pour moi de l'écrire ici en quelques phrases, tant ses dires étaient complexes et détaillés).

Ebahi par son récit, je lui demandais si elle voudrait bien me conter de nouveau ces histoires devant une caméra, afin que je puisse en garder une trace.

Elle me regarde bizarrement, visiblement surprise par ma question, puis répond après quelques instants et sans grand enthousiasme apparent : "Euh oui, pourquoi pas, si tu veux."

Elle revient vers moi quelques jours après :
"- Bon Cédric, j'ai bien réfléchi pour ton histoire de film. Ca ne va pas être possible. Car tu vois j'ai entendu des histoires de gens qui avaient eu des ennuis avec des vidéos truquées. Je te fais confiance, tu feras bon usage de la vidéo. Mais imagine que quelqu'un qui me connaisse tombe sur la vidéo, la récupère et la truque, par exemple en modifiant les images de sorte que mes vêtements disparaissent, ce qui me ferait apparaître nue. Tu imagines si un truc comme ça se diffuse sur internet ?
- Wahou..."

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Dans une agence de voyage.
Avec un ami français, nous nous renseignons pour un trajet Jakarta-Manado.
Manado a 1h de décalage avec Jakarta.
Cependant, nous n'arrivons pas à expliquer les horaires qui nous sont proposés : 30 minutes de plus sur le vol aller que sur le vol retour.
Nous envisageons les possibilités (escales, décalage horaire d'1h30, etc.), mais rien ne colle.
L'agent de voyage cherche avec nous une explication, mais en vain.
Entre une vieille dame qui, ayant entendu qu'on s'interrogeait sur les fuseaux horaires, nous raconte sa vie : "Oui, moi aussi j'ai ce problème. Quand je vais à Bali avec ma fille, pareil j'ai une heure de décalage. C'est à cause des fuseaux horaires qui... blablabla".
Impossible de l'arrêter.
Et bien sûr, ça ne nous a pas du tout avancé.
On ressort de l'agence de voyages 30 minutes plus tard, sans billets et saoulés par la vieille.

lundi 12 octobre 2009

Anecdotes (2) (par CR)

Anecdotes de vie à Jakarta...
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" - Allô ?
- Bonjour, je voudrais réserver une chambre dans votre hôtel pour dans 3 semaines.
- Oui, pas de problème, vous passez dans 3 semaines et s'il y a de la place le jour voulu, vous prenez une chambre.
- Oui mais non : je voudrais bloquer une chambre, la réserver ?
- Oui oui, aucun souci. Passez le jour où vous voulez dormir chez nous, et s'il y a de la place, aucun problème, je vous garantis que vous aurez une chambre.
- (soupir) "
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Un soir à Jakarta.
J'interpelle un taxi.
Le chauffeur est excité comme un puce :
"- Bonjour Mister !
- Bonjour.
- Merci !
- ... ?
- Oui, Merci d'avoir choisi un taxi de la compagnie "Putra".
- Ah, de rien..."
Quelques minutes se passent.
" - Oui, oui, Merci Mister !
- De rien mon ami, de rien, vraiment. J'apprécie les taxis Putra.
- Merci."
Quelques minutes plus tard, j'écris un SMS.
Le chauffeur explose de rire.
" - Plaît-il ?
- Que faites-vous ?
- Euh... J'écris un SMS.
- Ah OK, je croyais que vous jouiez sur votre téléphone.
- Ah, non.
- Pardon Mister.
- Pas de souci mon vieux."
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Macet à Jakarta.
Changements de files brutaux, intempestifs, agressifs.
Des injures criées par la fenêtre.
Klaxons, énervements, des motos qui doublent de tous les côtés.
Mais toujours le doux clignotant.
Le calme clignotant.
Régulier.
Utilisé à foison, avec discipline.
L'exception dans l'incohérence de la conduite routière en Indonésie.
Comme s'il était là pour adoucir l'atmosphère,Rythmer le chaos...
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Je suis sur une passerelle piétonne qui passe au-dessus d'un grand axe routier de Jakarta.
Au milieu de mon chemin, patatra. La pluie.
Coup de bol, la passerelle est couverte.
Une pluie à Jakarta... On ne sait jamais trop quand ça va s'arrêter.
Je fais des allers-retours sur ma passerelle, trépignant.
Il pleut vraiment beaucoup, et il y a du vent qui fait pénétrer l'eau sur la passerelle, par les côtés. Je peine à me protéger des trombes d'eau (i.e. je suis trempé).
Une fille voilée passe par là avec un parapluie."Hello Mister. (Me montrant le parapluie) Maybe you need this ? Hihihi !"
Sous la pluie, discussion sur la pluie et le beau temps, en haut d'une passerelle où nous sommes bloqués (je serais incapable de vous dire de quoi on a parlé, je n'en ai aucun souvenir).
On est obligés de parler fort pour couvrir le tambourinement de l'eau sur la tôle. Et puis, "elle doit y aller".
Surréaliste.

jeudi 24 septembre 2009

Adjectifs (par CR)

Les mots qui me viennent à l'esprit si on me demande de décrire la majorité des indonésiens avec du vocabulaire français (est-ce que cela a un sens ?)... Sans généraliser bien sûr !


Accueillants. Gentils. Souriants. Riants. Serviables. Curieux. Indiscrets. Discrets. Schizophrènes. Soumis. Résignés. Innocents. Naïfs. Spontanés. Aimables. Calmes. Paresseux. Peux rigoureux. Bavards. Gourmands. Jolies. Craintifs. Patients. Pas solitaires. Optimistes. Pieux. Pratiquants. Tolérants. Imprévisibles. Pas toujours cohérents. Attachés à leur famille. Attachés à leurs traditions. Doués en improvisation. Polis. Amateurs de ragots. Pas ponctuels. Suiveurs. Pas souvent force de proposition. Joueurs. Timides. Facilement satisfaits. Capricieux. Prosternés devant l'Occident (dans les grandes villes seulement). Vecteurs de bonne humeur. Victimes de la corruption. Victimes des catastrophes naturelles. Victimes d'un mauvais système d'éducation.

mercredi 15 juillet 2009

Ghostbusters au pays du tofu

Après 4 cas de dengue en 2 semaines au bureau, notre DRH s’est décidée à appeler une équipe de démoustiqueurs…

[Petit intermède médical : la dengue ça s’attrape pendant la journée, par les moustiques rayés noirs et blancs. La période d’incubation est d’environ 7 jours, et les symptômes assez reconnaissables : fièvre soudaine, mal de tête, mal aux articulations et aux yeux. La fièvre dure environ 3 jours, et descend graduellement, grosse fatigue pendant une semaine… Rien à faire à part prendre du panadol (surtout pas d’aspirine), vérifier le niveau de trombosites tous les 2-3 jours, même après la fin de la période de forte fièvre…Et boire du jus jambu merah…]

Enfin bref, les démoustiqueurs arrivent le samedi matin au bureau, commencent à envoyer la sauce, et au bout de 5 minutes, détalent comme des petits faons, en braillant et en agitant les bras en l’air… Notre office boy en rattrape un, qui lui dit « c’est complètement affreux, il y a un fantôme (ada setan) dans votre entrepôt !! ». Il raconte que ledit fantôme ne veut pas entendre parler de démoustiquage, on l’a courroucé, et il va falloir l’apaiser, sinon le malheur et la mauvaise fortune vont s’accabler sur nous…Ben bravo, nous voilà dans de beaux draps, c’est la panique au bureau… Mes collègues commencent à faire l’inventaire de tous les incidents maintenant attribuables au fantôme: « il y a deux semaines, Dewi est tombée dans l’entrepôt, et Agus a tapé le pare-choc de sa voiture en se garant devant…Et tous ces cas de dengue… Tout ça c’est de la faute du fantôme, il faut vite s’en débarrasser avant que quelque chose de grave n’arrive !!! ».

Ca tombe bien, un de mes collègues connaît un bon exorciste chasseur de fantômes…

Le samedi suivant, les ghostbusters arrivent…Je suis un peu déçu, ils sont vachement moins funky que Bill Murray et Dan Akroyd, ils n’ont pas de désintégrateur de particules, et comble du sacrilège, dans leur Kijang ils écoutent du Dangdut…

Alors, comment fait-on pour chasser des fantômes sans les outils traditionnels du ghostbuster ? Et bien c’est très simple, il faut juste se rappeler que le fantôme est lui aussi indonésien, donc tout ça devrait se régler avec un peu de bouffe… Avec ma naïveté de bule (homme blanc occidental), je m’étonne :

- Tu crois qu’il va kiffer le Tofu ? Mais dis-moi au fait, ça mange un fantôme ?
- Non, ça ne mange pas à proprement parler, ça "vole" le goût des aliments.
- Masa sih ? (Qu’est-ce tu racontes l’ami?)

Devant mon apparente incompréhension, mon collègue en rajoute :

- Mais si, je t’assure, chez mon grand-père on a fait ça : une assiette de riz blanc avec de la salade, l’exorciste a pratiqué son rituel pendant 2 jours, et le fantôme est parti en emmenant avec lui le goût des aliments !!
- Oooh, begituuuu… (Mais oui, Thérèse…)
- Véridique, j’ai goûté le riz, et figure-toi qu’il n’avait plus de goût !!
- Du riz blanc vieux de 2 jours qui n’a pas de goût ? Comment cela est-il possible ?
- De toute façon, c’est impossible d’expliquer ça à un bule, vous ne croyez définitivement en rien…

Le fantôme est très présent dans la culture indonésienne, il suffit d’aller au cinéma pour s’en rendre compte : l’un des genres cinématographique les plus populaires du pays, c’est le film de fantômes, il y en a au moins un nouveau tous les mois… Il faut absolument en voir un pour comprendre… Un ami m’a même raconté qu’il y avait un programme de télé-réalité dans une maison hantée, avec des caméras cachées… Et les fantômes apparaissent à l’écran !!! Si ça c’est pas la preuve par trois que les fantômes existent…

Absolument TOUT LE MONDE a une histoire de fantôme a raconter : un fantôme qui allume la télé pour regarder son sinetron préféré, une rencontre avec un fantôme suicidaire dans une chambre d’hôtel, un fantôme qui apparaît en arrière-plan d’un photo, une visite au cimetière qui a failli mal tourner, une porte qui claque mystérieusement, un vase cassé, ou encore 20.000 roupies qui disparaissent du portefeuille de papa... En fait, le fantôme est bien pratique : on peut tout lui mettre sur le dos…

Donc si jamais vous êtes en panne de conversation, que vous venez de dire une connerie ou un truc embarrassant et que vous voulez retomber sur vos pattes, lancez vite une discussion sur les fantômes ou sur le paranormal en général, vous risquez en plus de passer un bon moment…

jeudi 18 juin 2009

Le Bengkel Ketok Magic

Le Bengkel Ketok Magic

‘Bengkel’, ça veut dire garage, ‘Ketok’ c’est frapper ou toquer, et ‘Magic’ ben c’est magique, comme Paris.

Donc, un Bengkel Ketok Magic, qu’est ce que cela peut il bien être ?

L’Indonésie étant le pays du paranormal, la réponse ne m’a pas étonné outre mesure:

Un Bengkel Ketok Magic, c’est un garage où l’on fait appel à des pouvoirs magiques en invoquant des esprits sataniques complètement maléfiques...

A l’intérieur, très peu d’outils…avant de se mettre au travail, l’apprenti sorcier ferme le garage avec une grande bâche pour que l’on ne puisse pas observer ses rites et incantations…

L’avantage du Bengkel Ketok Magic : en 30 minutes ta voiture est réparée, et ça coûte moins cher qu’un Bengkel normal.

L’inconvénient : il faut venir avec la somme exacte, du genre Rp. 373,856, 900, sinon ils refusent de travailler…

Un autre inconvénient majeur: le garagiste faisant appel a des esprits sataniques, ta voiture est alors possédée, et il se pourrait fort que tu aies prochainement un accident (véridique, demandez a vos collègues indonésiens)…

Vous voila prévenus…

samedi 16 mai 2009

Anecdotes (par CR)

Anecdotes de vie à Jakarta...

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Je suis au travail.
Mon bureau est situé à proximité de la sortie vers le couloir, où se trouvent les WC.
Une collègue se précipite dans mon bureau, l'air embarrassée.
" - Coucou ! Que se passe-t-il ?
- Cédric, il faut que j'aille aux toilettes...
- Euh... Oui, et en quoi puis-je t'aider ?
- Il y a la dame qui vend des gâteaux à l'entrée là...
- Euh, oui, et alors ?
- Eh bien, je ne peux pas passer par l'entrée tant qu'elle est encore là puisque je ne veux pas lui acheter ses gâteaux aujourd'hui !
- Euh... Tu ne peux pas sortir sans lui acheter de gâteau ?
- Non, je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Tidak enak hati !"

"Tidak enak hati", voilà un terme intraduisible en français sans lui faire perdre sa beauté, sa pureté, sa spontanéité. La juxtaposition mot-à-mot de concepts simples qui fait toute la beauté de la langue indonésienne.

TIDAK : négation
ENAK : bon
HATI : coeur

"Ce n'est pas bon de coeur" de passer devant cette dame sans lui acheter de gâteau.

Et puis, la dame qui vendait les gâteaux est partie, alors ma collègue a pu quitter mon bureau et aller aux toilettes.

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" - Allô ?
- Oui bonjour, c'est votre banquière.
- Oui bonjour, que se passe-t-il ?
- Je voulais vous demander quelque chose : J'ai vu sur votre dernier relevé que vous ne payez que 250.000 roupies par mois pour votre abonnement Internet, c'est quelle formule ? Je pensais avoir le moins cher mais je paye 300.000 !?
- Euh..."

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Aéroport de Jakarta, un soir...
L'agitation, les faux taxis qui m'assaillent à l'arrivée, "Hello Mister, Taxi, Backpaker area, Jalan Jaksa, OK ?"
Rien à faire, j'ai beau habiter en Indonésie depuis 2 ans, la couleur de ma peau continue de me trahir.
Une hôtesse de la compagnie Gamya. Tiens ça tombe bien, c'est sérieux les taxis Gamya.
La jeune femme finit sa discussion avec un indonésien, puis se retourne vers moi :
"Where do you go ?"
Je reste bouche bée.
Il est si beau, ce "Where do you go ?"...
Prononcé machinalement.
Ce si bel accent anglais à l'indonésienne, si imparfait.
Transpirant la pureté, l'innocence...
Un genre de fierté à employer la langue de Shakespeare aussi, ne serait-ce que pour exprimer de l'informatif...
Je souris enfin, c'est impossible de résister.
"Taman Rasuna Apartemen".

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Un dimanche après-midi à Jakarta. Soleil de plomb.
En taxi. Un vieux chauffeur de la compagnie "Express".
Pas très bavard.
On trace sur un grand axe désert.
Silence dans la voiture.
Il tourne la tête et me regarde fixement quelques secondes.
Il regarde sa route de nouveau.
Quelques secondes plus tard, il me fixe de nouveau un instant.
Puis il se concentre sur sa route à nouveau.
Il pose sa main sur la cassette de son autoradio qui n'est pas enclenchée, prêt à la mettre en route.
Il jette un dernier coup d'oeil sur moi, hésitant.
Il cesse de me regarder, et se décide enfin à lancer sa musique.
C'est une version longue genre bossa nova de "Pepito Mi Corazon".

C'était la première fois que j'entendais cette chanson en Asie (et aussi la dernière).
Traverser Jakarta déserte au son de cette musique : surréaliste.

jeudi 22 mai 2008

L’Indonésie, ou la phobie du silence et de la solitude.

L’Indonésie, ou la phobie du silence et de la solitude.

Ce qui m’a frappé lors de l’ascension du Krakatau : le silence absolu une fois arrivé au sommet - qui succède au son d’un souffle lourd encrassé par des années de tabagisme…c’était la première fois en 2 ans que je n’entendais absolument rien… je ne l’ai d’ailleurs pas réalisé tout de suite. Je trouvais qu’il y avait quelque chose d’étrange, de magnifique…ce n’était pas la vue, bien qu’elle soit elle aussi très belle… c’était le calme.

Ca tranche avec Jakarta. Une visite dominicale au Mall Ambassador vous le fera comprendre… En rentrant de Carrefour, il faut passer par les stands de DVD, les petites boutiques de fringues…chaque stand a son propre sound system, ses enceintes et boomers. Une surenchère de décibels, de la musique de partout, mais aucune n’est audible, un mélange de Bon Jovi, Beyonce, avec une touche de Dangdut…je n’ai qu’une envie, fuir… Impossible, cet endroit, insupportable à mon gout, est un populaire tempat nongkrong, les Indos s’y baladent avec plaisir, déambulent lentement entre les rayons, téléphonent même au milieu de cette insupportable cacophonie…

Dans la rue, en plus du bruit des voitures, kopajas et autre bajajs, les warungs font aussi marcher la radio ou la télé à fond, les aveugles chantent avec une boite a rythme dangdut en fond sonore…si votre autoradio est cassé et que vous êtes en manque de bruit, pas de problème, ouvrez la fenêtre au feu rouge, un gamin viendra vous chanter une chanson pour 1,000 Roupies, ou une petite vielle viendra taper sur une mini cymbale ou un morceau de bois...

Un autre exemple frappant: trekking de 3 jours dans la jungle a Sumatra. On part avec deux guides, qui nous disent : laissez les sacs, nos collègues les amèneront au bivouac ce soir…Ils arrivent donc le soir chargés comme des mules avec nos sacs, la bouffe, des bières, des casseroles…et comme si ce n’était pas assez, une magnifique radio en forme de moto de course…au lieu de profiter du calme et des bruits de la jungle, on met la radio…

Au bureau, c’est la même chose, chaque pièce a sa musique, généralement assez forte, il faut un fond sonore… Le bruit est présent toute la journée.

Passer un moment seul ? Ca ne va pas la tête ? Les indonésiens prennent rarement le temps de s'isoler. Dans la rue, dans les malls, au bureau, on les voit souvent en groupes, comme si le fait d'être seul n'était pas envisageable.

Un jour, je partais manger seul un midi. Une collègue me demande, avec l'habituelle curiosité indonésienne (un autre sujet sur lequel il y a tant à dire, revue à venir "bientôt"...) :
"- Tu vas manger où ?
- Dans le building d'à-côté.
- Avec qui ?
- Tout seul
- Tout seul ???
- Euh, oui, pourquoi ? ...
- Qu'est ce qui ne va pas, tu déprimes ?
- Euh, non, pourquoi ?
- Bon attends, je t'accompagne..."

On va au resto, on s'installe. Je commande un nasi goreng et ma collègue commande un jus de fraise.
"-Tu ne manges pas ?
- Non, j'ai déjà mangé avant de venir.
- ???... Alors, pourquoi m'as-tu accompagné ?
- Eh bien, je n'allais quand même pas te laisser aller manger tout seul !!"

Le bruit fait partie intégrante de la culture indonésienne, de même que la foule… En occident, la foule effraye, ici, elle rassure… En Indonésie, le silence met mal à l’aise, et la solitude fait peur…ayo, kita rame-rame !!

Agoraphobes, préférez l’Alaksa…