lundi 12 mai 2008

Le putain de puter (par DG)

Prés en bulle

La vie d’expatrié est fort bien sympathique à Jakarta cependant il existe quelques points noirs ; ces petits comédons infâmes qui nous mettent un petit peu trop de piments dans la vie et qui par conséquent nous font bien chier. Aujourd’hui, le trafique jakartais.

C’est sans doute le 1er mot que l’on apprend en Indonésien quand on arrive à Jakarta : « Macet » (se prononce matchette) ou embouteillage, phénomène rigoureusement régulier en semaine de 8h à 11h et de 16h30 à 19h30 (grosso-merdo, sauf évènements exceptionnels), dans ces créneaux, il faut compter parfois jusqu’à 1h pour parcourir une distance couverte en 5-10 minutes durant la nuit.


Le macet est LE problème à Jakarta, et ça n’est pas près de s’arranger étant donné l’évolution du nombre de véhicule comparé à celle des voies circulables (l’un augmentant presque 40% plus vite que l’autre).
Il y eut pourtant des tentatives et des idées :
- Un nouveau moyen de transport en commun : le monorail, mais le projet lancé au milieu des années 90 est tombé sur quelques problèmes de financement à la suite de la crise monétaire asiatique de 1997, puis la reprise du projet a rencontré quelques problèmes de financements de la corruption. Du coup, nous avons de beaux piliers par endroits mais c’est tout. A noter, on commence à parler d’un MRT, métro sous-terrain… mais c’est pas pour après-demain
- Le co-voiturage a été fortement encouragé par la création, il y a une dizaine d’année, de l’ingénieuse règle du 3-in-1 : certaines grosses artères ne sont accessibles à certaines heures (les heures de macet) que pour les véhicules transportant un minimum de 3 passagers. Le système est assez foireux en fait puisque les jakartais n’ont pas vraiment joué le jeu du co-voiturage, ce qui a juste déplacé et intensifié le macet par endroits.
- Les bus-ways : dernière innovations des bureaucrates, la bus-way c’est bien pour ceux qui prennent le bus (quoiqu’aux heures de pointe…) mais ça fait encore moins de voie circulables qu’avant pour les voitures (la photo ci-dessous illustre bien la situation (merci CR).

Il faut dire que les système même de circulation à Jakarta est pour le moins très étrange. Les carrefours surtout; peu de feu et les ronds-points se comptent sur la moitié des doigts de la main. Pour tourner, il faut sagement s'aligner sur la file de droite le long du terre-plein et attendre patiemment pour faire demi-tour de croiser l'un des passages aménagés à cet effet : les fameux « Puter balik », le problème est qu'il y en a un tous les plusieurs kilomètres. La manœuvre est à recommencer quelques kilomètre plus loin si l'on souhaite tourner à droite à un carrefour, ce qui est très pratique comme vous pouvez le voir sur ce grossier schéma :


Bien sûr, il faut imaginer cela à l’heure de pointe, avec les changements de files, les motos qui se faufilent, les enfoirés qui veulent passer avant tout le monde et les connards qui vous grillent la priorité, c’est encore plus drôle.

Le Macet crée même sa petite économie parallèle: les Ojeks (moto taxis) en tirent l'essentiel de leur popularité, de nombreux vendeurs ambulants défilent entre les voitures immobilisées pour vendre journaux, boissons, Krupuks (des chips) et snacks en tous genres.
Des apprentis musiciens gratouillent vaguement leur guitares ou ukulélés déglingués et mendient entre les voitures pourtant insonorisées. Des petites rues avantageusement situées entre plusieurs axes encombrés se transforment en raccourcis à péage. Des mecs se placent aux intersections pour soi-disant aider les véhicules à faire leur demi-tour pour grapiller quelques milliers de roupies (mais ils sont bien-sûr souvent eux-mêmes une cause de Macet). Les « Jokeys » attendent leurs clients devant les zones « 3-in-1 » pour monter (moyennant paiement) dans leur véhicules et ainsi atteindre les 3 passagers nécessaires pour emprunter la rue. Les flics, se garent en plein carrefour, bloquent des demi-tours juste pour faire chier, raquettent les automobilistes qui s’aventurent sur les 3-in-1 ou les bus-ways… bref s’arrangent pour que le bordel ambiant soit encore plus le bordel. C’est sans compter les officiels indonésiens qui dans leur gros 4X4 aux vitres teintées tentent la traversée du Macet accompagnés de motards aux gyrophares hurlant… et les ambulances et camions de pompiers bloqués, les klaxons fantaisistes imitant le canard constipé… un joyeux bordel baignant dans un air hautement pollué.

Blocage de la voie d'autoroute pour le passage du Président

Les facteurs aggravants du macet sont la pluie (qui fait déborder les caniveaux et transforment très rapidement les avenues en torrents), les manifs (rares), les visites officielles (certaines rues sont ainsi bloquées parfois plusieurs heures pour le seul passage d’untel, le connard en chef), et les veilles de jours fériés (et y’en a déjà pas mal en Indonésie, sans compter tous les vendredis soirs). Une savante combinaison de tous ces éléments crée parfois un évènement exceptionnel communément appelé le « Macet total », ou la ville est tellement surchargé de véhicules, que les conducteurs ou passagers sont condamnés à passer une bonne partie de la soirée dans les embouteillages, voire même de s’arrêter passer la nuit dans un hôtel (véridic).


Le putain de puter


Un mercredi après-midi pluvieux au bureau, je décidais de monter dans ma fidèle tuture pour rentrer à mon appartement sur le coup des 17h : erreur grave !
Heureusement dans ma grande sagesse, je décidais d’embarquer à mon bord deux grandes bouteilles de bière Bintang (Le cadeau de Dieux) pour tromper mon ennuie lors du trajet que je me doutais qu’il allait être un peu long quand-même-pas-folle-la-bête.

En effet, dès que je pose mes pneus sur l’asphalte imbibé d’eau, je me rends compte de l’étendue des dégâts : « c’est vraiment un bordel magnifique ce soir » me dis-je à haute voix du ton de l’automobiliste français qui est content de parler tout seul à voix haute sans complexe (l’alcool aidant) et qui mugit parfois « connard !!!! » quand il se fait faire une queue de poisson.

Ça faisait bien une heure et une bière que je roulais maximum en seconde quand aux abords d’un carrefour, je me dis : « ce soir, c’est le trop le bordel, il faut que je trouve un raccourcis (en plus j’irai bien pisser un bol) », c’est ainsi que je décidais de tourner à gauche pour éviter de passer sous le pont qui commençait à être passablement inondé, ce qui ralentissait pas mal les voitures : erreur grave !

Et c’est au bout de 15 min supplémentaire que je l’ai vu, lui, l’ennemi, le flic à l’abri dans sa caisse à fumer sa kretek, garé en toute impunité au milieu de mon passage, m’empêchant de rejoindre mon petit puter. Je résistais à la tentation de lui faire sa fête à coup de bouteille vide et ouvrait la pleine, en avançant vers mon destin qui me conduisit une demi heure après à travers le kampung Kuningan/Tebet, à faire des ronds, des demi-tours, me gourrer de route et de me perdre dans ce labyrinthe avant de ressortir au bout d’une autre demi heure en face du MacDo Supomo, à 800m vol d’oiseau de mon bureau… là j’accuse le coup, surtout que j’ai achevé ma dernière binouze et que la batterie de l’Ipod est vide. Je me reprends vite : met une cassette de Bob Marley et interpelle un pélo pour aller me chercher deux canettes au warung, et c’est reparti : cette fois le trafique est un peu moins dense et me retrouve en moins d’une demi-heure à l’embranchement de Casablanca/Rasuna Said. Alors que je remonte doucement la longue avenue (ce qui me permet au passage d’uriner sans trop de dégâts dans une des bouteilles vides), je remarque qu’un policier détourne des voitures vers les voies de bus pour désengorger l’avenue, ce qui fait qu’au bout d’un moment, même les passagers des busways sont eux-aussi pris dans le macet. Je me décale le plus tôt possible pour faire la queue qui me permettra je l’espère de prendre le puter-balik final : erreur grave !
C’est un complot ce soir je m’en rends compte à présent, le lobby des brasseurs de bière a-t-il soudoyé la police ? toujours est-il qu’un autre policier a jugé bon de barrer le demi-tour.
La vessie vide et l’esprit embrumé, j’engloutie ma dernière cannette et me dirige vers le demi-tour qui se trouve quelques kilomètres plus loin.
J’arrive ce soir là sur les coups de 20h30 à mon appartement (bien émeché); 3 heures et demi pour rentrer chez moi alors que j’habite à moins de 10km de mon bureau (le trajet de nuit, sans macet, se fait en 10 minutes en bourrant bien) : Putain de puter…



Ci-dessous, un schéma pas très clair qui tente d'expliquer mon périple (légende : en violet, mon chemin habituel, les flêches rouges représentent le trajet effectué + ou -, c'est pas à l'échelle désolé VB), départ en bas à gauche



3 commentaires:

The Jakarta Team a dit…

Bon ben je crois qu'on a la plus belle revue de tous les temps la... Merci DG pour ce bon moment de rigolade... TO

Cedric a dit…

Est-ce que pour le MRT ils ont prévu des sous-marins de remplacement quand il y aura des banjirs ? DG, post magnifique, bravo ! Je suis honnoré que tu aies utilisé une de mes photos pr cette merveille. - CR

Anonyme a dit…

Eh Shédi, est-ce que t'a des bonnes photos de batukaras? Si t'en as une de quand je suis dans le tube, tu m'envois à damiengeneix@hotmail.com steuplé!
Tchu!